Publicité

Le SAMU, ces quatre lettres qui en disent long  

D'ici et d'ailleurs D’ailleurs

C’est une course quotidienne contre la montre et contre la fatalité, On les voit se faufiler à travers les voitures tentant de gagner ne serait-ce que quelques secondes, des secondes qui conditionnent le sort d’une personne qui attend ces hommes des moments forts, ces hommes de l’ombre, ces hommes du SAMU.

Qui mieux que le Pr Mounir Daghfous, chef de service du SAMU de Tunis, pour nous parler de ses hommes qui répondent présents, jour et nuit, pour nous sauver la vie.

« Parce que Mer Lambda les confond fréquemment, il est important de préciser la différence entre Le SAMU  qui est le Service d’Aide Médicale Urgente et le SMUR, initiales du Service Mobile d’Urgence et de Réanimation.

Le SAMU est la centrale d’écoute des appels santé. En effet, un permanencier a pour mission de recueillir les appels santé des citoyens pour les transmettre par la suite à un médecin régulateur qui se trouve constamment au SAMU. Le permanencier a la charge  de prendre tous les renseignements de l’appelant : nom, lieu et raison de l’appel. Le médecin, de son côté, a la charge d’analyser ses données et de faire une réponse adaptée à l’appel.

Le SMUR est donc le bras d’action du SAMU. C’est un plateau technique, un véritable lit de réanimation ambulant, qui a toutes les capacités, en moyens humains et matériel, de prendre en charge une détresse vitale (respiratoires, hémodynamiques et urgences neurologiques). Sur Tunis, on a deux SMUR résidents, deux équipes présentes 24h/24h au siège même du SAMU. Comme le SAMU couvre une zone géographique importante, il y a des SMUR dans les autres hôpitaux qui sont fonctionnellement liés au SAMU et qui ne peuvent sortir qu’après décision du médecin régulateur ».

Pour Le SAMU 01 de Tunis, sis à Montfleury, est celui du Nord Est, il existe depuis 1980 et couvre les gouvernorats de Tunis, Manouba, Ben Arous, Ariana, Nabeul, Bizerte et bientôt Zaghouan. La centrale d’appel 190 existe au SAMU de Tunis et les SMUR dépendants du SAMU de Tunis existent à Montfleury, à l’hôpital Yasminet à Ben Arous,  à l’hôpital Mongi Slim de la Marsa, à l’hôpital maâmouri de Nabeul, à l’hôpital de Bizerte et celui à Zaghouan qui est en cours.

En plus de SAMU de Tunis, il y a aussi  le SAMU de Sfax créée vers la fin des 90s, celui du centre qui existe depuis 1994, de Gabes en 2006, Gafsa  qui couvre le sud ouest et le SAMU du nord ouest situé à Jendouba».

Que se passe-t-il une fois l’appel reçu ?

« Il faut savoir, d’abord, qu’il y a deux types d’appel : les appels primaires, ceux qui proviennent des citoyens et les appels dits secondaires de la part des médecins d’autres structures cherchant, par exemple, l’aide du SAMU pour le transfert ou le transport d’un malade grave de réanimation pour assurer la continuité des soins.

Après un appel primaire, au bout du fil, un permanencier (standardiste formé dans l’écoute médicale) vérifie le numéro, les coordonnées de l’appelant et les caractères démographiques du patient et il passe l’appel à un médecin régulateur, titulaire au SAMU et ayant une grande expérience dans ce genre d’écoute.  Ce dernier analyse la sémiologie téléphonique suite à laquelle il donne une réponse appropriée, il décidera soit de faire sortir le SMUR ou une ambulance non médicalisée soit de donner un conseil médical.

On estime que 15 à 20% des appels sont de vraies urgences. Ceci dit, la décision d’envoyer un SMUR est bien plus large et elle atteint les 60%. Les principales indications pour l’envoi d’un SMUR sont les accidents de la voie publique (30%), les pathologies cardiaques (20%) puis vient le coma (AVC, hypoglycémie). Dans d’autres situations telles que les difficultés à respirer et les céphalées, le médecin régulateur poussera l’interrogatoire et les investigations et la réponse dépendra, entre autres, de l’expérience du praticien qui lui seul est décideur ».

Quelle stratégie le SAMU adopte-t-il en cas de catastrophe ?

« En cas de catastrophe, dite situation d’exception sanitaire (cinq victimes et plus), on parle de procédure d’exception et là, il faut faire un tri. Il y a un circulaire inter ministériel entre le ministère de l’intérieur et celui de la santé qui régit sur place ce genre de situation et qui a créée la commission nationale et les commissions régionales de lutte contre les catastrophes. En cas de victimes multiples, le SAMU, la protection civile et la police sont sur place, chacun s’activant de son côté et dans une direction unique. Il y a le directeur de sécurité qui assure celle des lieux et des personnes, le directeur des secours rattaché à la protection civile qui assure le secours vu que l’environnement est généralement menaçant et le SAMU qui désigne le directeur des soins médicaux et c’est ce dernier qui décide de la prise en charge (quel malade en priorité, les secours sur place et où l’emmener).  Ceci se fait dans une aire de rassemblement des victimes qui permet de trier entre urgences vitales, urgences non vitales et absence d’urgences.

Les situations d’exception sanitaire imposent des procédures bien codifiées et nécessitent une coordination infaillible entre les différents intervenants : la santé, la sécurité publique et la protection civile. Ce système d’organisation, pour être irréprochable, passe par des simulations annuelles avec la protection civile et la police (crash d’avion, émanation de gaz, accident chimique, incendie), lesquelles simulations sont imposées par la loi tunisienne ».

Et pour ce qui est de la prise en charge pré-hospitalière ?

« En partant du fait que les premiers instants sont les plus critiques et les plus précieux, la prise en charge pré-hospitalière des malades a pour mission de raccourcir les délais entre la survenue de problèmes de santé et l’accès à un circuit de soins.

Après réception de l’appel et une fois la décision prise, le délai de départ ne devrait pas dépasser les 3mn, autrement ça devient problématique. Autant le délai de départ est contrôlable, le délai d’arrivée l’est beaucoup moins pour bon nombre de raisons comme la zone d’intervention, la distance et l’horaire. En cas de bouchons, la salle opérationnelle du ministère de l’intérieur peut nous renseigner sur l’état de la circulation et nous faciliter le trajet car, de par la loi, une ambulance n’est pas un véhicule prioritaire et il se doit de respecter le code de la route. De ce fait, les équipes du SAMU essaient de raccourcir au maximum les délais de sortir ».

Une fois sur les lieux de l’incident, comment opère le personnel du SAMU ?

« Sur place, il y a une évaluation de l’état du malade à la recherche d’une détresse respiratoire, neurologique ou hémodynamique.  Après un bilan lésionnel initial et sur décision du médecin régulateur, le malade sera amené à la structure hospitalière adéquate, disposant du plateau technique approprié aux lésions du patient, la plus proche.

Dans le cas particulier de l’infarctus du myocarde (on voit près de 400 syndromes coronariens aigus par an), le diagnostic est fait sur place et la thrombolyse peut être faite sur place. A partir du début de la douleur thoracique, le compte à rebours commence.  Le délai de premier contact médical, défini comme le délai entre la douleur thoracique et le moment de la réalisation de l’ECG doit être inférieur à 3h.  Après place au délai ‘porte à porte cardio’, celui entre l’établissement du diagnostic et l’arrivée dans un service de cardiologie capable d’assurer une angioplastie primaire, bien plus efficace que la thrombolyse.

Pour les 2000 cas annuels d’accidents de la voie publique, le contexte est souvent grave et c’est dans ces conditions que le rôle du SAMU est le plus important, le but étant d’offrir au malade une prise en charge efficace sur le lieu de l’accident dès les premiers instants pour éviter l’aggravation ultérieure ».

Qu’en est-il des problèmes rencontrés au quotidien ?

« On est parfois dépassés par le nombre des appels ce qui engendre une non disponibilité des ambulances, car si le taux d’indisponibilité dépasse 5%, une ambulance supplémentaire serait nécessaire. On reçoit annuellement près de 14000 appels effectifs et 8000 sorties/ an pour tout le nord est. Sur Tunis, il y a, chaque année, 4500 départs. Depuis deux ans, le taux d’indisponibilité commence à dépasser la barre des 5% (6% en 2013), pour cela, il nous faut rajouter une 3ème ambulance avec tout le capital humain qui suit, soit 5 autres médecins, 5 infirmiers et 5 ambulanciers ce qui n’est pas chose facile. Pour ce qui est des moyens techniques, on n’a pas de problèmes majeurs sauf pour le matériel roulant et les médicaments. Les trois dernières années, on a eu un nouvel arrivage de nouvelles ambulances de réanimation bien équipées mais persiste toujours le problème des médicaments comme pour la métallyse, une nouvelle molécule utilisée pour la thrombolyse pré-hospitalière, facile à utiliser et qui permet la re-perméabilisation vasculaire à  90%  mais qui coûte très cher contrairement à la streptokinase habituelle.

Sachez, tout de même qu’en cas de douleurs thoraciques, la famille doit libérer les voies aériennes supérieures et laisser respirer le patient, ne surtout pas le bouger, préparer le dossier médical (s’il y en a) et lui donner son traitement s’il en a ».

Pr Mounir Daghfous,

chef de service du SAMU de Tunis

 

E.K.L

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée.Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

*

Lost Password