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La phase aigue de l’IDM : chaque minute compte

Les 3 M Maladies

On ne pouvait commencer cet article avec le chef du S.A.M.U de Tunis, Pr Mounir Daghfous, qui traitera de la phase aigue de l’infarctus du myocarde, sans exprimer notre profonde reconnaissance et gratitude à toute l’équipe du S.A.M.U 01 pour le rôle héroïque et leurs performances lors des derniers évènements qui ont frappé la Tunisie. Ils avaient assuré et méritent un grand « Bravo ». Sinon, en dehors des situations de catastrophe, rappelons que le S.A.M.U est la première structure sanitaire qui doit être contactée devant tout syndrome coronaire aigu (SCA), car il peut s’agir d’un infarctus du myocarde (IDM). Rappelons que le SCA regroupe l’IDM avec ou non modification de l’électrocardiographe (ECG) et l’angor instable défini par l’apparition de douleurs angineuses au repos qui nécessite une surveillance étroite. C’est de l’IDM qu’on va parler, ce dernier, si non pris en charge à temps, peut être fatal. En effet, plus le délai de l’intervention est court, plus la chance du patient de s’en sortir est grande.

« L’avantage d’être pris en charge par le SAMU, c’est le fait qu’il y ait quelqu’un qui comptabilise le temps, et le temps c’est du muscle cardiaque gagné en cas d d’IDM.

Le SAMU, intervient surtout dans la phase aigue de l’IDM avec une élévation du segment ST (ST+) à l’ECG, en traitant à peu près entre 400 et 450 cas par an, et selon les dernières statistiques en date, il y a eu 470 cas confirmés en 2014 ».

Comment se passe la procédure ?  

« Généralement, le malade (ou un membre de sa famille) appelle pour une douleur thoracique, et c’est à partir de ce moment là que le chronomètre se met en marche et que le temps est compté.

Notre équipe se fixe un délai de 3 heures de temps à partir du début de la symptomatologie jusqu’à l’admission du patient en salle de cathéter. Le premier contact médical est très important, le médecin sur place fera l’ECG et établira ainsi le diagnostic à partir de données cliniques et électriques.

Une fois le diagnostic établi, il faut absolument  reperméabiliser, et ce, de deux façons : soit par une thrombolyse chimique, soit par le transport du malade rapidement vers un centre spécialisé pour angioplastie primaire. Entre temps, on démarre le traitement anticoagulant (HBPM, acide acétylsalicylique).

Les critères de décision en faveur d’une thrombolyse ou d’une angioplastie dépendent de l’environnement médical, l’objectif final étant de privilégier le meilleur circuit de soins possible pour le malade.

A Tunis par exemple, il y a environ 14 à 15 salles d’opération entre secteurs public et privé ce qui fait qu’on a plus tendance à faire des angioplasties primaires ».

Pour ce qui est de la thrombolyse

« Pour la thrombolyse, on reste classique et utilise généralement la streptokinase. D’autres molécules existent cependant sur le marché, tel la metalyse (Tenecteplase). Celle-ci est certes 10 fois plus chère mais plus efficace et surtout plus facile d’utilisation (1 seule injection), alors que pour la streptokinase, le processus est plus complexe (seringues électriques, l’héparine).

On a à peu près 50% de perméabilisation avec la streptokinase et avec la metalyse, on dépasse les 80%.

Le seul problème avec la metalyse est le fait qu’elle ne soit pas incluse dans la nomenclature Tunisienne, ce qui présente un problème d’approvisionnement avec l’obligation de passer par le ministère de la santé pour en commander ».

L’angioplastie primaire

« Elle s’effectue généralement dans les 3 heures qui suivent l’appel du patient, et ce, quelque soit l’heure de la journée. Le problème principal demeure le délai, plus ou moins long, entre l’apparition de la symptomatologie et l’appel du S.A.M.U. Il faut que les malades appellent à temps pour qu’on puisse les inclure dans le circuit de soins. En effet, le nombre d’appels sur le grand Tunis (y compris Nabeul et Bizerte), estimé à 400 par an est nettement inférieur comparativement au nombre élevé de patients atteints de syndrome coronarien aigu qui doivent être traités ».

Pourquoi les patients mettent-ils du temps pour appeler le SAMU ?

« Ceci est du, entre autres, à un manque d’informations, parce que si tous les patients suivis pour une maladie coronarienne sont sensibilisés sur l’importance d’appeler le 190, dès qu’ils y a une réapparition ou une modification de la douleur ressentie, ça nous fera, certainement, plus de travail de reperméabilisation mais surtout, et c’est le plus important je pense, moins de mortalité.

Ceci est valable aussi bien pour anciens que les nouveaux patients coronariens. Le problème se pose notamment pour les coronariens connus qui, en laissant traîner les choses et en banalisant leur symptomatologie parce qu’ils croient que c’est normal d’avoir mal ou d’avoir une douleur qui se modifie, peuvent  gravement nuire à leur santé.

Pour pallier à ce comportement, quelque part, irresponsable, la réalisation de campagnes de sensibilisation améliorerait les réactions face à de tels problèmes de santé.

D’autre part, il n’y a pas assez d’effort pédagogique, surtout en faveur des malades qui présentent un facteur de risque comme le diabète, l’hypertension artérielle et le tabagisme (qui constituent les facteurs de risque les plus importants) et pour lesquels, les recommandations d’appeler le SAMU, le plus rapidement possible en cas de signes cliniques suspects, ne sont pas toujours véhiculés par leurs médecins traitant ».

Pour le délai de « 3 Heures », y aurait-il un moyen de le raccourcir ?

« Je peux vous confirmer qu’il y a eu une amélioration ces dernières années, on commence à « huiler » les circuits de soins, il y a même des tentatives de faire des circuits formels avec les cardiologues, les urgentistes sous la tutelle du ministère de la santé mais ça reste au stade embryonnaire, il n’y a pas assez de volonté pour aller de l’avant dans ce contexte.

Une disponibilité des salles d’angioplastie, en proposant des gardes tournantes entre les différents hôpitaux et la transmission à distance des informations médicales et l’échanges d’avis entre spécialistes grâce à la télémédecine, sont deux points qui nous feront gagner énormément de temps ».

Quel est le bénéfice du gain du temps pour le patient ?

« Le gain de temps se traduit en termes de survie et de qualité du muscle après reperméabilisation.

Je rappelle qu’on a 12 heures pour reperméabiliser, et il a été démontré que si on reperméabilise dans les 3 heures qui suivent l’occlusion, on aurait plus de survie, une meilleure qualité de vie et moins de complications et de séquelles.

Dans le meilleur des mondes, si un médecin pose le diagnostic d’un IDM, il faut que le patient soit sur table pour coronarographie et angioplastie dans les 90 minutes qui suivent ce diagnostic, un objectif qui tarde à venir mais toujours possible.

Au SAMU de Tunis, on essaye de privilégier la plus part du temps l’angioplastie, Pour les autres SMUR, on fait plus de thrombolyse, parce que c’est des urgences périphériques qui peuvent ne pas disposer de service de cardiologie avec salle de cathéter à côté».

Education et sensibilisation

« Je dirai que ce qui important pour le malade, c’est d’être intégré dans un circuit de soins clair. On œuvre ainsi à mettre en procédure toutes les étapes nécessaires, avec notamment les cardiologues décideurs, et insister également sur la prévention secondaire dans les consultations de cardiologie afin de sensibiliser les malades à agir à temps ».

 

 

B.H.S

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